Poser un carrelage grand format 120x60 sur un sol existant, c’est un vrai plaisir quand tout se passe bien… et un casse-tête quand on néglige la préparation. J’ai posé plusieurs fois ce format moderne et élégant, et je vous partage ici ma méthode pas à pas, mes astuces pro et les produits que j’utilise pour garantir un résultat plan, durable et sans surprises.
Évaluer le sol existant : l’étape à ne pas rater
Avant toute chose, je commence toujours par checker l’existant. Beaucoup de problèmes proviennent d’un support mal préparé :
- Quel type de support ? (dalle béton, chape anhydrite, carrelage existant, plancher chauffant, OSB…)
- La planéité : j’utilise une règle de 2 m et parfois un laser pour repérer les défauts. Pour des carreaux 120x60, je vise moins de 2 mm d’écart sur 2 m. On peut tolérer jusqu’à 3 mm mais plus c’est risqué (points de flexion, casse).
- L’adhérence : si le support est peint, cireux ou friable, il faudra le traiter (décapage, grenaillage, primaire).
- L’humidité : une chape humide peut empêcher la colle de prendre correctement. Test du carton ou mesureur d’humidité selon le support.
Quand carreler sur carrelage existant ?
On peut poser un grand format sur un ancien carrelage, mais ce n’est pas toujours recommandé. Si l’ancien carrelage est bien collé, plan et stable, je le dégraisse et je ponce légèrement pour créer de l’accroche, puis j’applique un primaire adapté (ex. Mapei Primer ou Sika Primer). Dans le doute, surtout si les carreaux existants sont faïencés ou mobiles, je préfère déposer l’ancien revêtement.
Préparation et rattrapage de planéité
Pour atteindre la planéité requise, j’utilise :
- un ragréage de type ultra-plat (ex. Mapei Ultraplan), pour combler les défauts jusqu’à plusieurs millimètres.
- un enduit de lissage pour petites irrégularités.
- un primaire d’accrochage adapté au support (primaire pour chape ciment, primaire pour chape anhydrite, primaire pour ancien carrelage).
Sur chape anhydrite, n’oubliez pas le désolidariseur ou le primaire recommandé par le fabricant d’auto-nivelant. Sur plancher bois, une sous-couche type panneau CP ou OSB + ragréage est souvent nécessaire, ou l’utilisation d’une membrane de désolidarisation (ex. Schluter Ditra).
Choix de la colle : ce que j’utilise et pourquoi
Avec des carreaux 120x60, la clé est la rigidité, l’adhérence et la flexibilité. Je privilégie des colles dites « à double encollage » (back-buttering + encollage au sol) et des mortiers-colles flexibles. Voici un tableau récapitulatif :
| Produit | Usage recommandé | Avantage |
|---|---|---|
| Mapei Kerabond + Isolastic | Grand format, supports critiques, plancher chauffant | Excellente adhérence, souplesse, très utilisé par les pros |
| Weber.col Flex RT (ou équivalent cimentaire flexible) | Carreaux grands formats en intérieur | Bonne flexibilité, formulation prête à l’emploi |
| SikaCeram (mortier-colle flexible) | Supports variés, zones à contraintes | Bonne tenue, compatible planchers chauffants |
| Kerapoxy (résine époxy) | Sols industriels, zones humides, joints | Imperméable, nettoyable, résistant aux taches |
Je préfère Kerabond+Isolastic pour du grand format en habitation car le mélange offre à la fois adhérence et élasticité. L’épaisseur d’encollage est essentielle — on travaille souvent en back-buttering (enduit de colle à l’arrière du carreau) + encollage au sol pour assurer un contact complet et éviter les vides d’air sous le carreau.
Technique de pose : pas à pas
- Prévoyez au moins deux personnes pour manipuler les carreaux 120x60. Ils sont lourds et encombrants.
- Tracez votre réseau de pose : je commence souvent par le centre de la pièce en me servant d’un laser ou d’un cordon à tracer pour équilibrer les coupes sur les bords.
- Étalez la colle au peigne large (dent 10x12 mm ou 12x12 mm selon la planéité). Faites le back-buttering sur chaque carreau avant de le poser.
- Posez le carreau en glissant doucement, puis tapotez à la taloche en caoutchouc. Vérifiez immédiatement la planéité avec une règle et une règle de maçon. Ajustez si nécessaire.
- Utilisez un système de nivellement (ex. Rubi Leveling, Raimondi) pour éviter les désaffleures entre grands carreaux. Ces systèmes sauvent beaucoup de temps et garantissent un rendu impeccable.
- Laissez un jeu de joint adapté : pour du 120x60 on peut aller sur du 2 à 5 mm selon l’effet recherché (j’aime bien 3 mm pour un rendu contemporain et régulier).
Joints, nettoyage et mise en service
Pour les joints, j’opte soit pour un joint cimentaire haute performance (type flex) soit pour de la résine époxy (Kerapoxy) dans les zones humides ou très sollicitées. L’époxy est coûteuse mais ultra résistante et sans tâche.
Après la pose, respectez les temps de séchage du fabricant : généralement 24 à 48 h minimum avant de marcher, 7 jours avant remise en charge normale, et jusqu’à 28 jours pour certains ragréages. Nettoyez les résidus de colle rapidement avant qu’ils ne durcissent.
Astuces pro que j’applique systématiquement
- Toujours back-butter : il n’y a pas de compromis avec les grands formats.
- Contrôlez la température et l’humidité ambiante : colle et ragréage n’aiment pas les conditions extrêmes.
- Prévoyez des joints de dilatation périphériques toutes les 8 à 10 mètres selon la surface et selon les préconisations du fabricant de carrelage.
- Utilisez une spatule crantée adaptée et vérifiez le sens des crans pour une prise optimale.
- Marquez chaque carreau en cas de découpes complexes pour garder l’ordre et éviter les erreurs.
Sécurité et manutention
Gants, genouillères, lunettes et masque lors du ponçage/ragréage. Pour déplacer les carreaux, des ventouses de pose facilitent grandement la manipulation sans abîmer les bords.
Si vous êtes bricoleur mais pas très expérimenté, commencez par un petit espace (salle d’eau, entrée) pour vous familiariser avec les énormes dimensions. Pour une pièce complète et des découpes complexes, n’hésitez pas à faire appel à un carreleur : la pose de grands formats est exigeante et le résultat final dépend beaucoup de la préparation initiale.